Actualités Le viscosimètre, un nouvel outil pour les volcanologues

Le viscosimètre, un nouvel outil pour les volcanologues

Ce n’est pas une performance plastique, mais une expérience scientifique qui s’est jouée jeudi au centre des arts du feu de Saint-Joseph. Oryaelle Chevrel, volcanologue travaillant à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), y a testé, avec la complicité de Claude Berlie-Caillat, un nouvel outil permettant de mesurer la viscosité de la lave et donc de mieux prédire la trajectoire des coulées.

Prévoir dès le début d’une éruption si la coulée atteindra la route, voire la mer, et si elle menacera éventuellement des habitations, c’est ce qu’espère pouvoir faire la volcanologue Oryaëlle Chevrel, chargée de recherche en volcanologie rattachée à l’Université Clermont-Auvergne, grâce à un outil sur lequel elle travaille depuis quatre ou cinq ans : un viscosimètre de terrain. « La viscosité est un paramètre physique qui détermine à quelle vitesse coule la lave », explique celle dont c’est la spécialité. S’il est possible, en refondant un échantillon de lave d’en déterminer la viscosité grâce à un viscosimètre de laboratoire, « on n’a pas les mêmes conditions que dans la nature : la pression, la température, les cristaux sont différents », affirme Oryaëlle Chevrel qui a donc eu l’idée de mettre au point un viscosimètre de terrain.

 

Expérience concluante

Un prototype avait déjà été créé dans les années 1990 par Harry Pinkerton de l’Université de Lancaster, au Royaume-Uni. Mais cet outil unique au monde est rapidement tombé dans l’oubli « parce qu’il travaillait sur l’Etna qui n’était pas propice aux mesures, et qu’il est compliqué d’obtenir des crédits de recherche », dit Oryaëlle Chevrel en ajoutant que l’instrument était aussi un peu trop gros pour être transporté aisément sur un terrain aussi difficile qu’un volcan en éruption. « Il faut qu’il soit résistant, assez robuste pour résister à la coulée, précis, qu’il puisse enregistrer en continu les paramètres et assez léger pour être transporté », dit-elle. Ainsi, depuis quatre ans, elle travaille sur un prototype élaboré en partenariat avec plusieurs laboratoires (Magmas et volcans, Observatoire de Physique du Globe de Clermont-Ferrand) et en collaboration avec Polytech Clermont et l’Insa de Lyon. L’appareil en acier inoxydable est contrôlé électroniquement par un petit ordinateur de bord et équipé d’un capteur de couple et d’un thermocouple pour mesurer la viscosité et la température. Un premier test a été réalisé à Hawaï, il y a quatre ans, pour calibrer l’instrument.

Travaillant sur d’autres projets en collaboration avec l’observatoire de la Réunion, Oryaëlle Chevrel était déjà venue en mission l’année dernière mais n’avait pas pu tester son instrument sur le terrain faute d’éruption assez longue. Cette fois, de retour pour deux mois sur notre île, elle a contacté le Centre des arts du feu de Saint-Joseph.

Un projet qui a bien évidemment enthousiasmé Claude Berlie-Caillat qui dispose de fours pouvant monter à la température de fusion de la lave et assez grands pour fondre plusieurs litres. Ainsi, jeudi, des échantillons de lave prélevés sur la coulée de 1998 ont été fondus dans les fours dont la température est montée à 1 300 °C avant d’être abaissée à 1 170 °C pendant au moins une heure, puis des prélèvements ont été effectués et plusieurs mesures réalisées. Les résultats de l’expérience sont concluants. « Il y a toujours des choses à optimiser, mais je pourrai l’utiliser sur un volcan », affirme Oryaëlle Chevrel, estimant que le poids de l’outil (8 à 10 kg) pourrait être réduit. Elle espère désormais une éruption pour un test grandeur nature.

Ce viscosimètre de terrain pourrait intéresser les observatoires des volcans effusifs, pour réaliser des mesures qui permettront « d’améliorer la modélisation des coulées de lave », et donc de réduire les risques pour les populations concernées.

 

Source : https://www.lequotidien.re/actualites/region/un-nouvel-outil-pour-les-volcanologues/

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